Introduction
Le surdiagnostic du paludisme correspond à l’attribution d’un diagnostic de paludisme en l’absence de confirmation biologique fiable (goutte épaisse ou test de diagnostic rapide – TDR). Le faux diagnostic de typhoïde, quant à lui, désigne l’identification erronée d’une fièvre typhoïde sur la base de tests peu spécifiques (notamment le test de Widal) ou d’une simple suspicion clinique.
Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), le paludisme a causé environ 249 millions de cas et plus de 600 000 décès en 2022, dont plus de 94 % en Afrique subsaharienne (WHO, 2023). Le Cameroun figure parmi les pays à forte transmission. Parallèlement, la fièvre typhoïde, causée par Salmonella enterica sérotype Typhi, reste endémique dans de nombreuses régions d’Afrique où l’accès à l’eau potable et à l’assainissement est limité.
Cependant, plusieurs études publiées dans PubMed et soutenues par les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) et le National Institutes of Health (NIH) montrent qu’une proportion significative de patients traités pour paludisme ou typhoïde n’en sont en réalité pas atteints (Amexo et al., 2004 ; Crump et al., 2015). Cette situation constitue un véritable problème de santé publique, favorisant la résistance aux antipaludiques et aux antibiotiques, augmentant les coûts pour les ménages et retardant le diagnostic des véritables causes de fièvre (septicémies, infections virales, dengue, leptospirose, etc.).
Au Cameroun, dans la pratique quotidienne des laboratoires et des formations sanitaires, cette problématique est particulièrement visible : toute fièvre est souvent assimilée à un paludisme ou à une typhoïde.
1. Pourquoi le paludisme est-il surdiagnostiqué ?
1.1. La fièvre : un symptôme non spécifique
La fièvre est un symptôme commun à de nombreuses infections. En zone endémique, la tendance historique a été de considérer toute fièvre comme un paludisme jusqu’à preuve du contraire.
Pour simplifier :
Diagnostiquer un paludisme uniquement sur la base de la fièvre, c’est comme accuser systématiquement la pluie d’avoir mouillé le sol, sans vérifier si ce n’est pas un arrosage.
Pourtant, les recommandations de l’OMS insistent depuis 2010 sur la confirmation parasitologique systématique avant traitement (WHO, 2015).
1.2. Limites des tests diagnostiques
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Mauvaise qualité de certains TDR
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Stockage inadéquat (chaleur excessive en Afrique centrale)
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Erreurs d’interprétation
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Microscopie de faible qualité (absence de contrôle qualité externe)
Des études ont montré que l’absence de contrôle qualité en microscopie peut conduire à des faux positifs significatifs (Amexo et al., 2004).
2. Le faux diagnostic de typhoïde : le piège du test de Widal
2.1. Le problème de la spécificité
Le test de Widal détecte des anticorps anti-Salmonella, mais :
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Les anticorps peuvent persister après une infection ancienne.
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Il existe des réactions croisées avec d’autres infections.
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Les titres de référence locaux sont rarement établis.
Selon Crump et al. (2015), la fièvre typhoïde est souvent surestimée en Afrique en raison de diagnostics sérologiques peu fiables.
En réalité, l’hémoculture reste le gold standard, mais elle est peu disponible dans de nombreux hôpitaux de district.
2.2. Conséquences pratiques
Résultat :
Un patient fébrile reçoit :
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Artéméther-luméfantrine
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Ciprofloxacine ou Ceftriaxone
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Paracétamol
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Sans preuve biologique solide.
Ce traitement « en rafale » favorise :
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La résistance aux antibiotiques
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L’augmentation des dépenses de santé
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La perturbation du microbiote intestinal
3. Impact en santé publique en Afrique et au Cameroun
3.1. Résistance médicamenteuse
L’OMS alerte régulièrement sur la montée des résistances aux antipaludiques et aux fluoroquinolones. L’utilisation injustifiée accélère ce phénomène.
3.2. Retard diagnostique d’autres pathologies
De nombreuses études africaines ont montré que des septicémies bactériennes ou des infections virales graves étaient initialement traitées comme paludisme (Reyburn et al., 2004).
Cela entraîne :
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Aggravation clinique
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Hospitalisation tardive
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Augmentation de la mortalité
3.3. Impact économique
Au Cameroun, où les dépenses de santé sont majoritairement supportées par les ménages, le surdiagnostic représente :
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Coût inutile des médicaments
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Perte de productivité
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Hospitalisations évitables
4. Approche scientifique pour corriger le problème
4.1. Diagnostic biologique rigoureux
Pour le paludisme :
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TDR validés par l’OMS
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Goutte épaisse + frottis mince
Pour la typhoïde :
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Hémoculture avant antibiothérapie
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Éviter le Widal isolé
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Utilisation prudente des tests rapides IgM
4.2. Formation continue des professionnels de santé
Le renforcement des capacités en biologie clinique est essentiel. En tant que pharmacien biologiste, vous savez que la qualité du diagnostic conditionne la qualité de la prise en charge.
4.3. Approche syndromique rationnelle
Toute fièvre ≠ paludisme
Toute fièvre prolongée ≠ typhoïde
Il faut intégrer :
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NFS
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CRP
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Procalcitonine (si disponible)
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Recherche d’autres foyers infectieux
5. Optimisation du système de santé camerounais
Pour réduire le surdiagnostic du paludisme et le faux diagnostic de typhoïde en Afrique :
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Renforcement des laboratoires de district
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Accréditation et assurance qualité
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Sensibilisation des patients
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Surveillance épidémiologique
Conclusion
Le surdiagnostic du paludisme et le faux diagnostic de typhoïde en Afrique représentent un défi majeur pour les systèmes de santé, particulièrement au Cameroun. Ce phénomène entraîne résistance médicamenteuse, gaspillage de ressources et retard thérapeutique.
La solution repose sur un triptyque :
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Diagnostic biologique rigoureux
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Formation continue
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Politique nationale de qualité en laboratoire
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Foire Aux Questions (FAQ)
Pourquoi diagnostique-t-on trop le paludisme en Afrique ?
Parce que la fièvre est souvent assimilée au paludisme sans confirmation biologique.
Le test de Widal est-il fiable ?
Il a une faible spécificité en zone endémique et ne doit pas être utilisé seul.
Comment éviter le faux diagnostic de typhoïde ?
Privilégier l’hémoculture et interpréter les tests sérologiques avec prudence.
Pourquoi est-ce un problème de santé publique ?
Parce que cela favorise la résistance aux médicaments et retarde le bon diagnostic.
Références scientifiques
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World Health Organization. World Malaria Report 2023.
https://www.who.int/publications/i/item/9789240064898 -
Amexo M et al. Malaria misdiagnosis: effects on health system. Trop Med Int Health. 2004.
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/14728611/ -
Reyburn H et al. Overdiagnosis of malaria in patients with severe febrile illness. BMJ. 2004.
https://www.bmj.com/content/329/7476/1212 -
Crump JA et al. Typhoid fever and invasive salmonellosis. Lancet. 2015.
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/25997455/ -
WHO Guidelines for the treatment of malaria.
https://www.who.int/publications/i/item/9789241549127

