Introduction

Un effet indésirable médicamenteux (EIM) est défini par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) comme une réaction nocive et non intentionnelle à un médicament administré à des doses normales (WHO, 2022). Ces réactions peuvent varier de légères (nausées, éruptions cutanées) à graves (réactions anaphylactiques, atteintes hépatiques), et menacent directement la sécurité du patient.

Contexte mondial et africain

Dans le monde, les EIM représentent la sixième cause de mortalité selon les données de la Food and Drug Administration (FDA), avec des millions de cas rapportés chaque année. Cependant, en Afrique, la pharmacovigilance reste peu développée, avec un sous-signalement majeur dû à un manque de sensibilisation, d’infrastructures et de formation (Olsson et al., 2020). Le Cameroun ne fait pas exception : bien que membre du Programme International de Pharmacovigilance de l’OMS depuis 2006, le pays fait encore face à des défis majeurs en matière de collecte, d’analyse et de réaction aux signalements d’EIM (Ngale et al., 2021).

L’objectif de cet article est donc de guider les professionnels de santé, les patients et le grand public sur les bonnes pratiques de signalement d’un effet indésirable médicamenteux au Cameroun, tout en valorisant l’importance d’une pharmacovigilance efficace.


1. Pourquoi Signaler Un Effet Indésirable ?

Le signalement des effets indésirables présente plusieurs objectifs :

  • Améliorer la sécurité des patients en détectant rapidement les risques liés aux médicaments.
  • Surveiller les médicaments post-commercialisation, dans la phase de pharmacovigilance.
  • Adapter les politiques sanitaires et les notices des médicaments.
  • Retirer ou restreindre l’usage de produits jugés trop dangereux.

Le signalement précoce peut contribuer à identifier les signaux faibles avant qu’ils ne deviennent des crises sanitaires majeures, comme cela a été observé avec la thalidomide dans les années 1960 (Kim et al., 2022).


2. Qui Peut Signaler ?

Au Cameroun, tout professionnel de santé (médecins, pharmaciens, infirmiers), mais aussi tout patient ou citoyen peut signaler un effet indésirable.

La participation des patients est aujourd’hui fortement encouragée, notamment grâce à des campagnes d’information et des plateformes numériques qui leur sont accessibles.


3. Quels Effets Indésirables Signaler ?

Il est recommandé de signaler :

  • Tout effet inattendu, même s’il est déjà mentionné dans la notice.
  • Les effets graves : décès, hospitalisation, invalidité, anomalies congénitales.
  • Les effets survenant chez des groupes sensibles : enfants, femmes enceintes, personnes âgées.
  • Les interactions médicamenteuses suspectées.

4. Comment Signaler Un Effet Indésirable Au Cameroun ?

A. La procédure officielle

Le Centre National de Pharmacovigilance du Cameroun (CNPV), rattaché au Ministère de la Santé Publique, est l’organe chargé de centraliser les signalements.

Étapes de signalement :

  1. Remplir une fiche de notification d’effet indésirable, disponible :
  2. Envoyer la fiche :
  3. Fournir les informations suivantes :
    • Médicament suspecté (nom, dose, voie d’administration),
    • Description de l’effet,
    • Données du patient (âge, sexe, antécédents médicaux),
    • Résultat de l’effet (guérison, séquelle, décès).

B. Plateformes numériques disponibles

  • MedSafetyApp, développée par l’OMS et l’Uppsala Monitoring Centre, permet un signalement rapide depuis un smartphone.
  • Le site VigiBase contient les données mondiales, y compris celles du Cameroun.

5. Défis et Perspectives au Cameroun

Malgré le cadre légal mis en place (Arrêté N° 068/MSP/DPM/2014), le sous-signalement reste préoccupant. Selon une étude de Ngale et al. (2021), moins de 15 % des professionnels de santé camerounais ont déjà signalé un EIM.

Les obstacles identifiés :

  • Méconnaissance des procédures,
  • Charge de travail excessive dans les établissements de santé,
  • Manque de retour d’informations sur les signalements effectués.

Recommandations :

  • Renforcer la formation en pharmacovigilance dans les écoles de santé,
  • Intégrer le signalement dans les systèmes d’information hospitaliers,
  • Créer des incitations pour les signalements (certificats, reconnaissance…).

6. Importance Du Signalement Pour La Santé Publique

Une pharmacovigilance efficace permet de :

  • Éviter des drames collectifs en détectant rapidement des signaux forts,
  • Garantir la sécurité médicamenteuse, notamment dans un contexte d’importation massive de génériques,
  • Favoriser une médecine personnalisée, en surveillant les réactions par groupe de population.

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Conclusion

Le signalement des effets indésirables médicamenteux constitue un pilier central de la pharmacovigilance au Cameroun et dans le monde. Il permet de sécuriser les traitements, d’orienter les décisions politiques et de protéger les patients. Malgré les défis, des solutions concrètes existent et nécessitent l’implication de tous : professionnels de santé, autorités, patients.

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Foire Aux Questions (FAQ)

1. Peut-on signaler un effet indésirable sans preuve médicale ?

Oui. Il n’est pas nécessaire d’apporter une preuve formelle. Le signalement repose sur le principe de suspicion raisonnable.

2. Le signalement est-il confidentiel ?

Oui. Les données sont anonymisées, conformément à la législation camerounaise sur la protection des données.

3. Où trouver la fiche de notification ?

Sur le site du Ministère de la Santé Publique ou via la MedSafetyApp.

4. Que se passe-t-il après un signalement ?

Le signalement est analysé par le CNPV et, s’il est pertinent, il peut aboutir à une révision de la notice, une alerte nationale, ou un retrait de produit.


Références bibliographiques

  • World Health Organization. (2022). Pharmacovigilance.
  • FDA. (2021). Postmarketing Drug Safety Information.
  • Olsson S. et al. (2020). “The importance of pharmacovigilance systems in developing countries”, Int J Risk Saf Med. PubMed
  • Kim H. et al. (2022). “Historical drug safety disasters and the birth of pharmacovigilance”, Drug Saf. PubMed
  • Ngale Njume et al. (2021). “Pharmacovigilance in Cameroon: current status and challenges”, African Journal of Health Sciences. Lien

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